Nicorandil
Le nicorandil est un vasodilatateur anti-angineux indiqué en dernière intention dans le traitement symptomatique de l’angor stable chez l’adulte. Il combine deux mécanismes d’action complémentaires : l’activation des canaux potassiques ATP-dépendants (hyperpolarisation vasculaire) et un effet nitrate (augmentation du GMPc intracellulaire). Cette double action permet une vasodilatation à la fois artériolaire et veineuse, améliorant l’oxygénation myocardique sans phénomène de vol coronaire.
En France, le nicorandil est commercialisé sous forme de génériques (Nicorandil Biogaran, EG, Zentiva, Arrow, etc.). Il est soumis à prescription médicale (liste I) et son utilisation doit être strictement encadrée en raison d’un risque notable d’ulcérations cutanéo-muqueuses graves, parfois tardives et potentiellement perforantes. L’ANSM rappelle régulièrement que ce médicament doit être réservé aux patients insuffisamment contrôlés par les traitements de première intention ou intolérants à ceux-ci.
Composition et Formes Pharmaceutiques
Chaque comprimé sécable contient :
- Nicorandil : 10 mg ou 20 mg.
- Excipients : mannitol, cellulose microcristalline, povidone, stéarate de magnésium, croscarmellose sodique, etc.
Présentations habituelles : boîtes de 30 ou 60 comprimés sécables. Le comprimé peut être divisé en deux doses égales.
Indications Thérapeutiques
Le nicorandil est indiqué chez l’adulte dans le traitement symptomatique de l’angor stable (angine de poitrine) lorsque :
- Les patients sont insuffisamment contrôlés par les traitements anti-angineux de première intention (bêtabloquants et/ou inhibiteurs calciques).
- Ou lorsqu’il existe une contre-indication ou une intolérance à ces traitements.
Il n’est pas recommandé en première ligne et son utilisation doit être réévaluée régulièrement. Il n’est pas indiqué dans l’angor instable ou l’infarctus du myocarde aigu.
Posologie et Mode d’Administration
La posologie doit être adaptée individuellement, en utilisant la dose minimale efficace pendant la durée la plus courte possible.
- Dose initiale : 10 mg deux fois par jour (matin et soir).
- Dose usuelle : 10 à 20 mg deux fois par jour.
- Dose maximale : 40 mg deux fois par jour (en cas de besoin et bonne tolérance).
Les comprimés sont pris avec un verre d’eau, au cours ou en dehors des repas. L’augmentation posologique doit être progressive. Chez le sujet âgé ou en cas d’insuffisance rénale/hépatique, débuter à la dose la plus faible.
Contre-Indications
Le nicorandil est contre-indiqué dans les situations suivantes :
- Hypersensibilité au nicorandil ou à l’un des excipients.
- Choc (notamment cardiogénique), hypotension sévère, hypovolémie.
- Œdème aigu du poumon.
- Dysfonction ventriculaire gauche sévère avec faible pression de remplissage.
- Association avec les inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (sildénafil, tadalafil, vardénafil) ou avec le riociguat (risque d’hypotension sévère).
Effets Indésirables
Les effets indésirables les plus fréquents sont liés à la vasodilatation :
Fréquents
- Céphalées (souvent transitoires en début de traitement).
- Vertiges, hypotension orthostatique, tachycardie réflexe.
Graves et spécifiques
- Ulcérations cutanéo-muqueuses graves (bouche, anus, intestin, peau, œil, vulve, etc.), parfois tardives (plusieurs mois ou années après l’instauration). Ces ulcérations peuvent perforer et nécessitent l’arrêt immédiat et définitif du traitement. L’ANSM insiste sur ce risque et recommande une surveillance régulière.
- Hémorragies digestives, perforations gastro-intestinales.
Tout signe d’ulcération impose l’arrêt définitif du nicorandil et une consultation médicale rapide.
Interactions Médicamenteuses
Associations contre-indiquées :
- Inhibiteurs de la PDE5 et riociguat (hypotension sévère).
Associations déconseillées :
- Acide acétylsalicylique, AINS et corticoïdes (majoration du risque d’ulcérations et d’hémorragies digestives).
Pharmacodynamie et Pharmacocinétique
Pharmacodynamie : Le nicorandil active les canaux potassiques ATP-dépendants des cellules musculaires lisses vasculaires (hyperpolarisation et relaxation artériolaire) et libère un groupement nitrate (augmentation du GMPc et vasodilatation veineuse). Il améliore le flux coronaire sans vol coronaire et réduit la pré- et post-charge cardiaque.
Pharmacocinétique :
- Absorption rapide et complète (biodisponibilité ~75 %).
- Pic plasmatique atteint en 30 à 60 minutes.
- Métabolisme hépatique.
- Élimination rénale (métabolites).
- Demi-vie d’élimination courte (~2 heures), mais effet clinique prolongé grâce aux métabolites actifs.
Précautions d’Emploi et Mises en Garde
Le nicorandil doit être utilisé avec prudence chez les patients âgés, hypotendus ou en insuffisance cardiaque. Une surveillance régulière de la pression artérielle est recommandée. En cas d’ulcération, le traitement doit être arrêté immédiatement et définitivement. L’ANSM rappelle en 2025 que le nicorandil reste un médicament de dernière intention dans l’angor stable.
Surdosage
En cas de surdosage : hypotension marquée, tachycardie réflexe, céphalées intenses. Traitement symptomatique avec surveillance hémodynamique. Pas d’antidote spécifique.
Conservation et Disponibilité
Conserver à température ambiante (< 30 °C), à l’abri de l’humidité. Durée de conservation : 3 à 5 ans selon les lots. Médicament générique sur liste I, délivré sur ordonnance, remboursable à 65 % par la Sécurité sociale.
Conclusion
Le nicorandil reste un vasodilatateur anti-angineux utile en dernière intention dans l’angor stable, grâce à son double mécanisme d’action original. Cependant, son profil de sécurité impose une vigilance accrue, notamment vis-à-vis du risque d’ulcérations graves et potentiellement perforantes. L’ANSM recommande de réévaluer régulièrement la pertinence du traitement et d’arrêter immédiatement le nicorandil en cas de signes évocateurs d’ulcération. Son utilisation doit toujours s’inscrire dans une stratégie thérapeutique globale et être réévaluée par un cardiologue.
Cet article est à titre informatif et s’appuie exclusivement sur les données officielles de l’ANSM, des RCP et de Vidal (mises à jour 2025-2026). Il ne se substitue pas à l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien. Consultez toujours un professionnel de santé avant toute utilisation.